Du côté de chez Nelson

undef Vendredi 28 mai, 19 heures
. Nous garons les voitures le long du bassin Bérigny à Fécamp. Petit coup de fil à l'agence de location afin de savoir où est le bateau. Quelques minutes plus tard, le propriétaire nous accueille sympathiquement à son bord. Alors que nous faisons connaissance avec le bateau, les derniers équipiers nous rejoignent ; l'équipage est maintenant au complet. Le transbordement de l'avitaillement nous occupe une partie de la soirée (nous ne mourrons certainement pas de faim) et c'est avec un bon appétit que nous nous régalons du pain de viande que Jean-Pierre a apporté. Soirée paisible, discussions dans le cockpit, petite ballade sur le ponton, ce soir c'est la concrétisation d'un projet qui est né dans ma tête lors du salon nautique de Dusseldorf quatre mois plus tôt.

undef Samedi 29 mai, 8 heures du matin, marée haute.
Nous franchissons l’écluse pour nous amarrer dans l’avant port. Petite visite à la pêcherie pour faire le plein de glace, à la pelle, pendant que d’autres vont faire quelques derniers achats. 09 :40, nous appareillons pour de bon. Soleil, mer belle, force 3 ; le bateau avance bien. « homme à la mer ! » crie André. Aussitôt, les consignes que nous venons de répéter sont appliquées et le pare-battage est récupéré sans encombre. Nous faisons une dernière fois le point et entamons la traversée pour de bon, cap au 270, avec l’intention d’aborder l’île de Wight par l’ouest. Nous mettons à la traîne une bonne bouteille de vin blanc que François a emmenée pour fêter le passage du méridien de Greenwich. Peu après 12 heures, le tire-bouchon entre en action, et nous savourons tous ce moment. Dans l’après-midi, Jean-Christophe nous annonce que c’est son anniversaire et presque aussitôt, le champagne est débouché. L’après-midi passe vite (pour ceux qui ont bien digéré les bulles) et après avoir soupé, nous nous répartissons les quarts (3 fois deux personnes pendant 3 heures). La nuit est maintenant tombée. Le spectacle est magnifique : de l’eau à perte de vue, sur laquelle se reflète la lune qui joue à cache-cache avec les nuages. Un peu de pluie ne réussit pas à gâcher ces instants magiques.

undef Dimanche 30 mai.
L'île de Wight est en vue. A 07 :45 nous virons de bord, cap au 240 et nous avons tout le temps d'admirer sa côte sud, dont l'aspect change à chaque éclaircie. Le vent forcit pendant la mâtinée; nous prenons un ris et enroulons un peu le génois, et à 13 :00 nous passons la cardinale ouest pour entrer dans le Solent plein vent arrière. Le barreur doit rester vigilant car cela remue nettement plus qu'en pleine mer. Nous décidons d'aller à Yarmouth, où nous accostons à 14:30. Nous voilà amarrés à un ponton ...qui ne mène nulle part. Le bateau-taxi nous transborde à prix d'or sur la terre ferme, et après avoir visité les lieux, nous allons savourer une bonne Guiness. De retour sur le bateau, André nous prépare une succulente et originale salade aux lardons (entre autres). Une bonne nuit de repos ne sera pas un luxe.

undef Lundi 31 mai.
Après avoir refait le plein d’eau, nous appareillons sous le soleil, cap à l’est. Aujourd’hui, c’est jour férié et une myriade de voiliers naviguent sur le Solent. Vers 13 :00, nous avons identifié l’embouchure de la Beaulieu River. Les voiles sont affalées et c’est au moteur que nous remontons l’étroite rivière qui serpente parmi de somptueuses et gigantesques propriétés. Après avoir amarré le bateau à un corps mort, nous gonflons l’annexe, non sans mal et au prix de quelques fou-rires. Le transbordement, contre vent et courant, est un bon exercice physique. Une fois tout l’équipage à terre, nous prenons la seule direction possible : le jardin d’une des propriétés privées, que nous traversons pour rejoindre une petite route de campagne qui nous mène au site historique de Buckler's Hard, ancien chantier naval où furent construits une partie des vaisseaux de l’amiral Nelson.
Après nous être plongés dans cette ambiance du 18° siècle (la Guiness n’était pas d’époque), nous retournons à l’annexe et constatons que le décor a radicalement changé maintenant que nous sommes à marée haute. Le retour à bord est plus aisé que l’aller, et nous passons une agréable soirée dans un cadre de rêve, sous un ciel très chargé.

undef Mardi 01 juin, 07:10
Nous quittons notre mouillage sous un ciel bas et descendons la rivière au moteur. Une fois l’embouchure atteinte, les voiles sont hissées et le barreur met le cap au 90, direction Porthsmouth. Une bonne partie de la journée est consacrée à la visite impressionnante du HMS Victory ainsi qu’au musée de la Marine, qui voue un véritable culte à l’amiral Nelson. L’estomac dans les talons, certains se risquent à ingurgiter un « fish and ships » tandis que d’autres, moins téméraires, optent pour un pique-nique et en profitent pour ramener quelques victuailles, dont quelque chose qui ressemble à du pain (inutile de chercher après une boulangerie au royaume de sa Majesté).

undef Mercredi 2 juin.
Nous appareillons à 06 :40 sous un vent du nord, force 3. Le soleil est de la partie et nous contemplons à loisir la côte nord-est de l’île de Wight qui disparaît derrière l’horizon tandis que les milles s’accumulent au loch. Le vent faiblit lentement mais sûrement, et comme le courant s’est inversé, nous n’avançons plus. Comme nous ne sommes pas pressés, nous mouillons l’ancre légère par 17 mètres de fond. Certains en profitent à bord pour piquer un roupillon . Pendant une heure nous allons ainsi parcourir 2 milles sur l’eau en ne bougeant pas. Dès que le vent semble revenir pour de bon, le mouillage est relevé sans difficulté (la ligne est en textile) et nous prenons le cap 65 en direction de Brighton. Le vent s’est établi au Nord-Ouest et nous naviguons au travers tout l’après-midi sous un soleil éclatant. Bernard et Vincent pleurent à n’en plus finir, il faut dire que l’espace est confiné et les oignons à éplucher nombreux. Le résultat sera à la hauteur de la souffrance, le potage ainsi préparé est un vrai régal. Nous arrivons à la marina de Brighton en fin d’après-midi après avoir pu contempler au passage certains quartiers remarquables du front de mer (cela nous change de la côte belge...). La météo annonçant un vent faible et de direction variable pour le lendemain jusqu’en début d’après-midi, nous décidons de consacrer la matinée à une visite de Brighton et de son Pier.

undef Jeudi 3 juin.
Tout l’équipage embarque dans un bus impérial pour rejoindre le centre, qui n’est pas tout proche. Les changements de cap à certains carrefours sont parfois impressionnants vus depuis le pont supérieur. Cette agréable promenade matinale, qui nous a permis de dérouiller nos jambes se termine dans un pub ou nous prenons une dernière Guiness...
Seize heures, nous venons de quitter le port et mettons le cap au 160, tribord amures au près, Fécamp est devant nous à 70 milles. Malgré un vent léger, le bateau marche bien (5-6 nœuds) car la mer est platte. En début de soirée, nous apercevons le bateau-phare de Greenwich sur tribord et lorsque la nuit tombe nous avons déjà traversé la moitié du rail. Le calme règne sur le bateau et dans les esprits. Par moments le sillage est parsemé de petites taches phosphorescentes. Rien que du pur bonheur.
Quatre heures du matin. Allongé sur ma couchette, je sens que nous virons de bord. Une heure plus tard, je rejoins le cockpit pour savourer le spectacle de la falaise à l’aube. Le ciel est bas, le vent a un peu forci et nous approchons rapidement de ce qui fut notre point de départ une semaine plus tôt.
06 :15, nous nous amarrons dans l’avant port, et en attendant l’ouverture de l’écluse prévue vers dix heures, nous piquons un petit somme. Je contacte l’agence de location et nous convenons de laisser le bateau dans l’avant-port car il repart dès le lendemain. Après avoir transbordé toutes nos affaires dans les voitures, nous investissons un petit restaurant sympa où, malgré les tables qui bougent sans arrêt, nous savourons tous ce moment qui clôture une semaine inoubliable.

Vincent Henin