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Navigation en mer: le deuxième voyage
Mémoires d'un yak
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Jeudi 12 mai 2005: 15h30
arrivée au Havre de Christian FAQUE, Vincent HENIN, Georges MALISOUX en
voiture et d'André BODARD en TGV. Installation sur "YAK", un sloop de 12 m., FIRST 3855. Visite au
club nautique. Souper. Au menu, oiseaux sans tête préparés par Christian, arrosé d'un Lirac 2004.
Nuit à bord.
-Vendredi 13 mai: Arrivée de Daniel LOMBET et de François GODET vers 13h. avec les victuailles et
les bagages entassés dans son véhicule. Nous les traînons à la queue leu leu sur les pontons
vacillants jusqu'à notre bateau aussitôt transformé en souk.
Après les rangements et le dîner, nous nous aventurons hors de la rade, histoire de nous accoutumer
à notre fringante monture. Retour au port et courses au supermarché du coin. Souper préparé par
André qui nous sert une excellente salade chaude à sa façon. Discussions sur l'itinéraire du
lendemain. Dodo.
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Samedi 14 mai:
Lever, toilette, petit déjeuner à la française émaillé de plaisanteries aux frais
des ronfleurs impénitents. 13h., après de minutieux préparatifs, nous appareillons pour Cherbourg.
La mer est houleuse, le ciel très nuageux, le vent varie de 4 à 7 Beaufort. Georges qui vient de se
prendre un doigt dans un winch et François très fatigué, sont malades. Vincent, Daniel et André
désertent le carré où la nausée les saisit dès qu'ils s'y attardent. Christian épargné par le mal de
mer s'attèle à la navigation. Chacun de ses passages obligés devant la descente du cockpit se solde
par un déboulé involontaire ponctué par le fracas de l'inévitable collision qui déclenche à chaque
fois un flot d'imprécations et l'hilarité générale.
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Dimanche 15 mai
YAK taille sa route la nuit durant, les équipiers blottis au creux de cockpit se
relayent à la barre et veillent à la manoeuvre. Vers 4 h. du matin, nous apercevons les lueurs de
Cherbourg annoncées depuis un bon moment par les éclats du phare de Gatteville semblant rythmer sur
notre bâbord la chevauchée écumante de notre coursier. Nous approchons du port et nous nous mettons
à scruter la côte à la recherche des feux d'entrée de la rade tapis au sein des illuminations
flamboyantes de la cité. Voici un latéral rouge à occultation puis un isophase vert que nous
identifions aux jumelles. Il est temps d'affaler et de mettre au moteur alors que les premières
lueurs de l'aube saluent notre entrée. Après un accostage négocié en douceur au ponton visiteurs par
André, notre timonier émérite, nous accomplissons toutes les tâches pressantes de l'atterrissage
(amarrage, sanitaires, capitainerie, ...).
Il est plus de 8 h. lorsque nous décidons de substituer un repas consistant au petit déjeuner
traditionnel. Un apéritif bien mérité prélude à un copieux spaghetti bolognaise préparé par Marie
Jane, l'épouse de Christian. Il nous remet d'aplomb mais ne peut effacer la fatigue de l'équipage
qui quitte la table pour sauter dans les couchettes et dormir, dormir,.. Vers 16h. nous sommes tous
debout et nous partons visiter la ville du Normandie, du Redoutable et des Parapluies, bien utiles
sous ce ciel bas. Le soir venu, autour d'un repas accommodant les restes du dîner, astucieusement
préparés par François, nous nous concertons sur notre prochaine destination: les îles Silly, les
Anglo-Normandes ou l'île de Wight et le Solent. Cette dernière finit par recueillir tous les
suffrages et la décision est prise de faire voile cap au Nord dès le lendemain matin.
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Lundi 16 mai
Le temps presse et nous nous contentons d'une toilette éclair au bloc sanitaire de la
capitainerie avant de larguer les amarres sur les talons du dernier équipier rentré à bord.
8h. André est à la barre, Vincent debout au pied du mât dirige la manoeuvre, Georges, Daniel,
François et Christian s'activent aux drisses et aux winches. YAK déploie ses ailes et prend son
envol. Le ronflement du moteur cède la place au grondement des vagues rebondissant sur la coque.
Christian tordu par la gîte sur le strapontin du navigateur jette des regards furibonds vers la
casserole confortablement installée sur son réchaud à cardan. Notre course se poursuit monotone,
rythmée seulement par quelques chansons et par les questions et réponses des points périodiques
échangées entre le carré et le cockpit: vitesse et direction du vent, cap, loch, visibilité, vitesse
du bateau, baromètre, position. .
Un repas à base de sandwiches au saucisson et aux rillettes d'oie préparé par les acrobates de la
cambuse est rapidement avalé. Vers 19h30 un hélicoptère se dirige vers nous et fait "point fixe" sur
notre tribord arrière. Il ne daigne s'éloigner que moyennant notre virement de bord motivé par
l'approche de la zone interdite RACON (T)EC2. Nous supposons qu'il s'agissait du cerbère gardien des
lieux. Nous abordons le rail où les grands navires se succèdent, croisant notre route, la navigation
se fait plus attentive, les jumelles sortent des étuis pour scruter nos encombrants compagnons de
route.
La nuit tombe et les ultimes clartés du crépuscule s'effacent à l'horizon sur notre babord. Nous
allumons les feux de route et l'éclairage des instruments, mais la charge déclinante des batteries
nous inquiète. Il faut sortir les torches et les frontales pour épargner l'éclairage de bord et
faire tourner le moteur afm de tenter de reconstituer notre réserve d'énergie électrique.
Le vent forcit et la mer durcit, il faut prendre un ris. Tous sur le pont, harnais frappé à la ligne de vie,
pour la manoeuvre qui s'avère une rude tâche.
Oufl Cela va mieux car la rampe du strapontin est dure aux hanches du navigateur cramponné à ses
cartes, sa règle de Cras et son compas à pointes sèches animés d'un irrésistible appétit de voyages
chaque fois qu'on les dépose.
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Mardi 17 mai
A 01 h. du matin nous identifions le phare de NEEDLE POINT dans le 12°. Il est 4h.30
lorsque après une nouvelle réduction de toile suivie d'un virement de bord, les voiles sont affalées
et nous entrons au moteur dans le West-SoIent. De bouée en bouée, nous touchons enfin au port de
LIMINGTON escortés par un ferry qui nous laisse bien peu de place pour manoeuvrer.
6h.15, nous mettons pied à terre et merveille, le soleil levant illumine le Solent et les vertes
collines qui bordent ses rives, aucun nuage ne pointe à l'horizon. Après le repas et quelques heures
de repos nous partons tous de conserve à la découverte.
Il fait si beau que les photographes s'en donnent à cœur joie. Les flashs crépitent et de charmants
autochtones nous font la grâce d'immortaliser notre groupe au complet.
Nous cheminons joyeux au milieu de coquets cottages nichés dans la verdure fleurie jusqu'au bourg où
les maisons pittoresques alignées le long d'une large chaussée pentue, semblent s'appuyer les unes
sur les autres. Nous effectuons quelques achats au supermarché et nous redescendons la grand rue
jusqu'au port où un Pub blotti au bord de l'eau, comble aussitôt une furieuse envie de Stout.
Sur le chemin du retour, André se fige, béat d'admiration devant un superbe cabriolet RILEY. Un
modèle d'avant guerre dont il nous expose magistralement les caractéristiques.
Revoilà notre YAK amarré bien tranquille à son ponton. Vincent et François préparent le souper:
côtelettes d'agneau indigène et salade liégeoise, de quoi sceller un indéfectible pacte d'amitié
gastronomique entre l'Angleterre et la Wallonie. Abandonnant l'idée d'ajouter BRIGTON à notre
périple, météo pessimiste oblige, nous décidons de quitter Limington le lendemain matin, de
parcourir le SoIent jusqu'à son levant et de reprendre d'emblée la direction d'Honfleur. Une longue
étape s'annonce, il est temps d'aller nous coucher.
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Mercredi 18 mai
Un petit déjeuner faisant honneur aux "scones" achetés la veille, nous rassemble
dans le carré. A 9h.20 André lance le moteur et négocie une sortie de port coincée entre les hauts
fonds et un ferry encombrant. Une heure plus tard, YAK vogue sous spi. Tout l'équipage doctement
dirigé par Vincent s'est attentivement évertué à accomplir un bel envoi de spi (110 m2), une
opération compliquée et délicate.
Il fait très beau, nous filons 4 à 6 nœuds, tribord amure. L'humeur est enjouée et 1'apéritif pris
dans le cockpit aidant, nous nous mettons à chanter en choeur quelques refrains malsonnants. Ils sont
heureusement dissipés par le vent avant d'atteindre les chastes oreilles des terriens que nous
distinguons sur la rive toute proche. Attentifs aux bouées latérales et cardinales jalonnant notre
parcours, nous doublons SOUTHAMPTON,COWES, RYDE, PORTSMOUTH, croisant au passage un
porte-avions Harriers, un croiseur communiquant par signaux optiques, des cargos au sillage écumant
et quelques voiliers, sloops, ketchs et goélettes bondissant dans la brise.
Il est midi, nous débouchons du Solent cap au 120°, nous rentrons le spi et rétablissons le génois.
La routine du bord reprend ses droits.
A 15h.50, Vincent, à la barre, remarque des brisants droit devant, appelé sur le pont, Christian
jette un coup d'œi1, plonge sur ses cartes et constate avec effroi que YAK vient de pénétrer dans
PULLAR STREET, une ligne N-S de récifs et de hauts fonds affichant des sondes de 0,9m. Aussitôt un
cri jaillit du carré: "demi-tour 180°, tout de suite!" Le klaxon d'alerte du sondeur retentit en
même temps que les exclamations de Daniel: "Un dauphin, un dauphin, je n'en ai jamais vu de si
près!" Au-delà du soulagement procuré par la sortie de la zone dangereuse confirmée par le sondeur,
nous nous interrogeons sur les motifs de la présence et du comportement singulier de ce
sympathique compagnon. Son manège autour de notre bateau semblait destiné à nous faire rebrousser
chemin et l'accompagnement de notre retour en eau libre nous intrigue encore aujourd'hui.
Ces émotions passées, nous faisons route au 215° à 6 nœuds de moyenne pendant une bonne heure, puis
un cap variant du 180° au 140°, compte tenu d'un vent S-SE contrariant.
-Jeudi 19 mai: La nuit s'écoule monotone au rythme des points horaires inscrits à la lueur des
frontales. Le temps change, le ciel couvert à la tombée de la nuit devient pluvieux, le vent
fraîchit jusqu'à 5 puis 7 Beaufort. La fatigue commence à peser et chacun commence à alterner
spontanément les périodes de veille et de sommeil.
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Georges et François se relayent à la barre du bateau assoupi. Christian les rejoint et entonne "Les
filles de La Rochelle", une chanson destinée à remonter le moral défaillant des matelots. Vers
5h.00, une aube blafarde et crachotteuse esquisse vaguement un relief grisâtre dans le lointain,
droit devant. Midi, les efforts du timonier pour infléchir notre route vers le sud recueillent peu
de fruits. Les virements de bord répétés nous ramènent du droit de FECAMP au chenal d'ANTIFER. Le
lancement du moteur commence à s'imposer car après 27 heures consécutives de navigation succédant à
plusieurs jours d'intense activité, l'équipage aspire au repos.
La décision est prise mais au moment de lancer, consternation, les batteries nous refusent
tout service! Par bonheur nous conservons une réserve d'énergie dans les coffres de la cabine
tribord arrière. André s'active, il branche la batterie de secours et ...miracle, la machine
bredouille, hoquette et se met à tourner en frémissant. Les voiles affalées, nous mettons le cap au
2000 sous une pluie battante. Encore 2h.30 de navigation et nous voici à l'entrée du Havre le bien
nommé.
A 15h30 YAK rejoint sa place au port. Quel plaisir de mettre pied à terre après trente heures de
mer! Ayons une pensée pour nos aînés qui comptaient en jours ou en semaine ce que nous comptons en
heures. Notre destination initiale visait HONFLEUR, les éléments nous imposèrent Le HAVRE! Qu'à cela
ne tienne, après un conseil tenu dans le carré, Daniel nous offre de nous transporter tous ensemble
dans sa voiture en ce merveilleux endroit où nous passerons la soirée. C'est là, cerise sur le
gâteau, que s'achève notre beau voyage devant un excellent repas pris au creux de la cave de la
"Maison du Gouverneur", haut lieu historique conservant dans ses vénérables murailles le souvenir
des tumultueuses turpitudes des corsaires et des flibustiers du temps jadis.
-Vendredi 20 mai: L'électricien convié par notre loueur, a recherché la panne de batterie sans la
trouver, Daniel a réparé les portes des toilettes et de la cabine de pointe et nous avons tous fait
honneur à notre dernier repas pris en commun, coincés entre les bagages et les montagnes de
victuailles en surplus.
Adieu YAK, au revoir amis, frères de la côte.
Le ciment d'amitié qui nous lie restera la "substantifique moelle" de notre plaisante aventure de
300M. nautiques.
Retour au bercail sans histoire.
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